Manifeste

Un autre monde est possible

Manifeste des Verts suisses, adopté par les Verts jurassiens

 

Les Verts affirment que  tout être  humain doit  pouvoir vivre dignement et en paix dans un environnement sain.
Or l’état de notre planète n’incite guère à l’optimisme. Le gaspillage des ressources naturelles se poursuit. Dans des régions entières, l’approvisionnement en eau potable n’est plus garanti. Les conséquences à venir du réchauffement climatique sont angoissantes. Dans notre pays aussi, les catastrophes naturelles se répètent. Le fossé entre les plus riches et les plus pauvres s’approfondit. Une proportion croissante de l’humanité vit en dessous du seuil de pauvreté. Même au cœur des pays les plus prospères, la pauvreté et la précarité font des ravages.

Les Verts sont convaincus que cette évolution est réversible.
Encore faut-il agir maintenant. Les Verts défendent un projet de société qui vise à préserver notre planète et qui refuse toute exclusion. L’écologie politique ne se réduit pas à la protection de l’environnement et des animaux. Elle comprend le développement de la démocratie, la réalisation de l’égalité entre femmes et hommes, la sécurité sociale, la qualité de la vie, pour ne citer que ces exemples.

Les Verts sont persuadés qu’une vie sans guerre ni oppression, plus fraternelle, est possible. Pour que cet autre monde devienne réalité, un engagement fort et diversifié est nécessaire. Dans les parlements, sur les lieux de travail, dans les quartiers, les syndicats, les associations et organisations diverses… jusque dans nos cercles d’amis. La création de réseaux larges et souples est indispensable, afin de faire naître des collaborations entre tous les groupes et individus intéressés. Les Verts sont en marche. Ils s’investissent activement dans ce bouillonnement de vie.

Pour une économie au service de tous

l’économie de marché capitaliste est stimulée par la recherche du profit rapide. Elle produit beaucoup de richesses, mais les répartit très mal. Ce système économique détruit l’équilibre écologique qui conditionne le développement durable. Il accroît la pollution, accélère la dégradation de notre environnement et porte gravement atteinte à la qualité des ressources vitales que sont l’eau et les aliments. Ce système est une construction humaine. Il peut, comme telle, être changé.

Stop à la recherche du profit maximum

Les Verts ne veulent plus de cette course au profit qui précarise la majorité des populations et qui amène des grandes sociétés à s’approprier des éléments constitutifs de la vie. Ils refusent ces privatisations et libéralisations qui mettent en danger la cohésion sociale et restreignent les droits démocratiques. Et ils combattent ce secret bancaire qui profite aux criminels et aux escroqueurs du fisc.

Quant au débat sur la croissance, contrairement à ce qu’affirment certains, il est loin d’être clos. Il est de plus en plus évident que l’état du monde et la qualité de vie des populations ne se mesurent pas en fonction de la production de richesses. Continuer comme aujourd’hui ne peut que mener à une catastrophe écologique majeure, au point de mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine. Un des plus grands défis consiste à repenser fondamentalement les modes de production actuels, ainsi que la répartition des richesses et du pouvoir. Ce qui implique que les  intérêts des employé-e-s soient représentés convenablement lors des décisions d’entreprise et que leurs droits à la cogestion sur leur lieu de travail soient développés et ancrés dans la loi.

Oui à l’eau potable pour tous et à des semences libres

Les Verts revendiquent une répartition équitable des biens, dont certains doivent échapper à toute logique mercantile. L’eau, par exemple, doit être considérée comme un patrimoine commun de l’Humanité et son accès garanti à tous. Il en va de même pour les semences, qui doivent appartenir aux paysans. Quant aux services publics, ils doivent sortir complètement du monde marchand.

Les Verts défendent des conditions de travail dignes et un revenu minimum net de 3000 francs par mois. Ils exigent des plans sociaux systématiques en cas de licenciements ou de faillites et requièrent des pénalités financières à l’encontre des entreprises florissantes qui licencient. Ils défendent l’octroi de crédits préférentiels aux coopératives et aux entreprises sociales. Il est évident que notre vision du monde suppose que les règles du commerce international soient transformées et démocratisées en vue d’une plus grande justice économique et sociale. Un des premiers pas consisterait à taxer beaucoup plus fortement les richesses et les flux financiers.

Oui à une forte diminution du temps de travail

La quantité de travail nécessaire pour produire des biens diminue. Il y a là une occasion unique de modifier simultanément deux déséquilibres. Le premier entre employés stressés et chômeurs angoissés et le second entre activités rémunérées et non rémunérées. C’est pourquoi les Verts défendent une forte diminution du temps de travail, la retraite à la carte – dès 60 ans pour les travaux les plus pénibles -, une véritable assurance maternité, le congé parental et des congés de formation. Cette réduction du temps de travail constitue un élément central de l’émancipation de tous les êtres humains. Ce qui favoriserait aussi une meilleure répartition des rôles entre les femmes et les hommes. Les Verts considèrent que toute personne, quels que soient son statut ou sa situation, a droit à un revenu lui permettant de vivre dignement. C’est pourquoi ils souhaitent instaurer un revenu minimal garanti dont la forme reste à définir.

Une politique sociale généreuse et juste suppose aussi une fiscalité directe très progressive, un impôt sur les successions, la fortune et les gains en capitaux, ainsi que le renoncement à des investissements coûteux et aberrants sur le plan écologique.

Stop aux apprentis sorciers

Pendant longtemps, la technologie nucléaire a été présentée comme le moyen de résoudre nos problèmes d’énergie. On sait ce qu’il en est aujourd’hui. Les Verts poursuivent leur combat pour l’abandon rapide et définitif du nucléaire, une réduction drastique de notre consommation d’énergie et le développement des énergies renouvelables et très peu polluantes comme l’énergie solaire, les éoliennes, etc.

Malheureusement, d’autres apprentis sorciers sont arrivés qui veulent jouer avec notre vie. Ce sont les manipulateurs génétiques. Nous courons le danger de voir les organismes génétiquement modifiés, les tristement célèbres OGM, se multiplier de façon incontrôlée, transmettre leurs gènes à d’autres êtres vivants et causer des mutations et des dégâts irréversibles. Il est étrange d’entendre des tenants de ces recherches se réjouir de la création de quelques dizaines de nouvelles variétés d’organismes vivants au moment où l’on en détruit des milliers.

Les Verts ne s’opposent pas à la recherche. Ils contestent en revanche l’hymne au progrès et à la fiabilité technologique. Le débat doit en premier porter sur la valeur et le sens de la vie et ensuite sur les finalités de la recherche et l’usage des «découvertes».

Les Verts disent non aux OGM dans l’agriculture et aux manipulations du vivant, en particulier les embryons. Ils refusent aussi tout brevetage et commercialisation du vivant. Ils exigent en revanche une transparence totale concernant la composition, l’origine ainsi que la méthode de production de tous les aliments.

Des produits alimentaires sains méritent d’être payés à des prix couvrant, dans la mesure du possible, les coûts de production. Ils méritent aussi d’être protégés des produits d’importation non déclarés et bon marché. De plus, un revenu minimum vital doit être assuré aux petites et moyennes exploitations agricoles au moyen de payements directs. Ceci pour juguler la disparition des agriculteurs et le dépeuplement des zones rurales.

Pour une mobilité conviviale

Plus de 50% des transports de marchandises n’existent que pour augmenter les profits de quelques entrepreneurs. Ainsi des légumes espagnols, produits par des Marocains surexploités, qui parcourent des milliers de kilomètres pour venir mettre en faillite les agriculteurs suisses. Il n’y aura bientôt en Europe qu’une seule variété de tomate, celle produite au meilleur prix et gavée de produits toxiques ou de conservation.

Oui au rail et à la consommation locale

Les Verts sont déterminés à empêcher la progression actuelle du trafic international des camions et des avions. Ils disent oui au transport des marchandises sur le rail. La route ne devrait servir que sur des courtes distances pour le transport régional. Les Verts entendent développer les liens entre la production et la consommation locale. Car seule une production de denrées alimentaires locale et décentralisée permet à la population mondiale de se nourrir en suffisance.

La mobilité des personnes affiche, elle aussi, un bilan désastreux, tant sur le plan de la pollution que de la convivialité.

Les Verts disent stop à l’engorgement des villes par les automobiles et au bétonnage sans limites de notre territoire. Les Verts aiment les villes et les quartiers vivants préservés des voitures. Ils souhaitent valoriser les pistes cyclables, les zones piétonnes et des transports publics efficaces, peu polluants et plus avantageux que les trajets en voitures privées.

Les Verts défendent une augmentation massive de l’impôt sur les carburants en prévoyant des dérogations pour les populations excentrées.

Les Verts refusent avec la même force le développement des voyages aériens qui polluent et génèrent des émissions sonores nocives. Leurs effets sur la dégradation du climat semblent de plus en plus avérés. Les Verts demandent une taxation très forte du kérosène. En contrepartie, le trafic ferroviaire international doit être revalorisé, développé et équipé des capacités nécessaires.

Vivre ensemble

Paradoxalement, au moment où les frontières s’ouvrent toutes grandes aux échanges commerciaux, elles se ferment aux êtres humains, en particulier aux victimes de la guerre et des injustices économiques. Les Verts défendent le principe d’une société multiculturelle. La liberté de s’établir dans une région, quelle qu’elle soit, devrait faire partie des droits humains.

Les Verts combattent avec force la politique actuelle des autorités, discriminatoire et arbitraire, parfois inhumaine à l’égard des requérants d’asile, restrictive quant aux droits des migrants et hypocrite face à ceux qui ne bénéficient pas d’un statut légal, les contraignant ainsi à vivre dans des conditions indignes.

Les Verts demandent une régularisation collective des sans papiers, souhaitent faciliter la naturalisation, ouvrir des possibilités d’accueil pour les ressortissants de pays hors Union européenne, accorder des droits politiques aux étrangers et accueillir plus généreusement les personnes qui fuient les persécutions.

Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme. Les débats sur les manières de vivre des uns et des autres peuvent être très vifs. Mais il importe de trouver des solutions pour vivre ensemble et non chasser l’autre.

Les Verts rejettent ainsi la violence, en particulier la guerre, comme moyen de régler les problèmes. Ils défendent l’idée d’une réduction massive du budget militaire au profit d’une implication beaucoup plus forte dans la promotion de la paix.

Les Verts s’opposent à la collaboration toujours plus étroite de l’armée suisse avec l’OTAN. Ils refusent évidemment l’adhésion à cette organisation.

En revanche, les Verts, qui se sentent déjà européens et citoyens du monde, souhaitent une adhésion à l’Union européenne. Ils s’engagent pour un commerce équitable et pour une forte augmentation de l’aide au développement.

 

Adopté par l’Assemblée des délégués le 24 août 2002

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