Agriculteurs en quête de sens, conférence à succès


Warning: Illegal string offset 'filter' in /home/clients/fd8e35f68e627d052e1108f015227e36/web/site-2015-today/wp-includes/taxonomy.php on line 1372

Entre perte de repères et recherche de sens… que signifie être agriculteur aujourd’hui ? Dans une perspective plus large que celle de l’économiste ou de l’agronome, l’anthropologue de l’Université de Neuchâtel Jérémie Forney a livré sa vision le 19 juin à Saint-Ursanne, devant une quarantaine de personne. C’était la deuxième des trois conférences organisées cette année par les Verts jurassiens. Compte-rendu.

Jérémie Forney dresse un premier portrait des agriculteurs d’aujourd’hui via le parcours de trois producteurs laitiers du même village fribourgeois.

Charles a investi dans la technologie. Associé à un voisin, il a construit une étable ultra-moderne et mise sur l’efficacité de sa production.

Michel s’est converti à l’engraissement intensif de poulets et dépend largement de la grande distribution qui lui fournit tout.

Francois a fait une double conversion. Lui aussi est passé à l’élevage de poulets, tout en passant au bio. Il a passé un contrat avec un grand distributeur.

Difficile cependant de dire ce qu’est un agriculteur – on parle d’ailleurs plutôt dans notre pays de paysan, cela renvoie à toute une symbolique à laquelle on reste attaché. Le folklore suisse et le marketing puisent largement dans les racines paysannes, indépendamment d’intérêts divergents, du parti politique au label en passant par les interprofessions ou les lobbies.

Le portrait suivant est celui du secteur laitier, emblématique de l’agriculture suisse.

On trouve des exploitations laitières de toutes tailles. Petites structures en montagne, plus grandes en plaine. Mais d’une manière générale, l’agriculture reste une affaire familiale. La performance économique varie un peu vers le haut en fonction de la taille, mais pas très significativement. L’endettement est immense, que l’affaire marche ou pas, les intérêts à payer sur l’emprunt est le même, et d’une manière générale, l’activité ne nourrit pas tout à fait son homme.

Qu’y a-t-il derrière le prix du lait ? Que vivent les producteurs laitiers ? La réponse va largement au-delà du fait de pouvoir ou non joindre les deux bouts. D’ailleurs, nombre d’agriculteurs préféreraient être payés un juste prix pour leur production plutôt que percevoir des subventions dont ils ne perçoivent pas toujours le sens.

Petit rappel historique. Après-guerre, c’est le plan Wahlen. Il faut produire pour nourrir le pays. En 1977, les quotas sont introduits pour stopper l’augmentation de la production. A la fin des années 80, c’est le retour de la pensée libérale et du libre-échange. Depuis la fin des années 90, on vit une redéfinition de l’agriculture. Produire certes, mais selon les besoins du marché, et d’une manière durable, en préservant les paysages. Les quotas sont supprimés en 2009. Aujourd’hui, un système de paiements directs qui finance publiquement l’agriculture, avec des prestations non rétribuées selon le marché mais pour des services utiles au pays.

En parallèle, les prix payés aux agriculteurs pour leur lait ont été fortement impactés. Si les consommateurs déboursent beaucoup plus au litre, les paysans touchent moins. L’écart entre les deux est même devenu gigantesque. C’est tout le système qui a évolué. Alors qu’un ménage dépensait il y a quelques décennies 40 % de son revenu pour son alimentation, cette part est progressivement passée à… 6,4 %.

Etre un paysan autrefois, c’était essentiellement produire et maintenir l’environnement productif. La mauvaise herbe symbolisait le mauvais paysan et le travail était fortement valorisé. La vision commune était cette du maître chez soi, qui ne compte pas ses heures et qui en est fier. Peu de contre-discours. Arrivent les paiements directs et la conscience que d’autres choses que la production importent. La biodiversité, la beauté des paysages, la nature sauvage revient sur les terres et les jachères sont rémunérées. Le sentiment d’une perte de contrôle et d’un malaise s’installe… et cette impression que le message politique est « ce n’est pas grave si vous ne comprenez pas tout, voilà ce que le citoyen veut et pourquoi vous êtes payés ». Du travail de singe ? Être payé à ne rien faire ? Le maître serait-il devenu un exécutant ? À quand le concours de la plus jolie jachère plutôt que celui de la meilleure vache laitière ? Production et écologie sont-ils forcément décuplés ?

En quête de sens, on trouve trois directions. Le bio, rupture complète en matière de partenaires commerciaux, autres pratiques, nouvelles connaissances. La vente directe, l’agritourisme. Pas forcement pour le côté économique, mais pour renouer le dialogue, expliquer ce qu’on fait, la satisfaction, la fierté. Enfin la mobilisation du système de paiements directs et de labels.

L’alimentation nous concerne tous, consommateurs comme agriculteurs. Ces derniers ont eu le monopole de la parole longtemps, mais cela a change. On parle beaucoup aujourd’hui de ce que l’on consomme. Alors, remettre la production au coeur, comme le demande l’initiative sur la sécurité alimentaire, oui, mais quoi, comment, combien… Ces questions sont loin d’être réglées.

 

Et pour ceux qui veulent approfondir le sujet, vous trouvez ci-dessous la présentation

Ste-Ursanne-22-06-2017

Share Button