Rentier AI à 100 % et emploi


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La cinquième révision de l’assurance invalidité (AI) invitait fortement les entreprises à proposer un aménagement professionnel à leurs employés fragilisés dans leur santé, ceci en fonction de leur possibilité de travail.

Je ne vais pas m’attarder sur les types de reconversion proposés par l’office AI, ni sur les montants des rentes octroyées; cela pourra faire l’objet d’un autre postulat; le nôtre s’oriente uniquement sur l’idée de créer des postes dans les services de l’Etat et peut-être de donner une impulsion dans les communes jurassiennes ou dans le secteur privé. Pour créer ce postulat, j’ai pris contact avec la directrice de l’office AI, avec un employé de l’office AI, avec un assistant social de Pro Infirmis, avec le directeur de la «Chambre économique du canton du Jura», avec le directeur de Caritas Jura, avec le chef du Service de l’action social du Canton et avec quelques personnes rentières également.

A différents niveaux, les partenaires consultés estimaient qu’il serait possible d’améliorer l’offre. Cela demande une réflexion, une ouverture d’esprit et des aménagements des responsables et des collaborateurs. Si, pour les personnes avec handicap mental et/ou physique plus ou moins lourd, les structures d’accueil et d’occupation, où l’entier du personnel est à l’AI, existent dans notre Canton; si 80 % des personnes, inscrites d’office à l’office AI après quelques mois de maladie déjà, sont réinsérées dans le monde du travail; il y a 20 % pour lesquelles les situations de pathologies sont graves, pour qui la maladie s’installe définitivement, quand elle se chronifie, tous nécessitant et reconnus avoir besoin d’une rente d’invalidité à 100%, et alors, pour ces personnes-là, il n’existe pas ou trop peu de places «d’occupation» autres que les lieux d’occupation avec maître socioprofessionnels. Car, oui, certains jours ou quelques heures par jour, la maladie est suffisamment acceptable pour ne pas devoir se soigner, rester chez soi, seul, mais permettre une petite activité professionnelle.

Qu’est-ce que l’Etat jurassien, employeur lui aussi, dans son organisation interne, offre à nos concitoyens ? Pas grand-chose mais peut-être qu’un effort pourrait être consenti car cette idée est déjà inscrite dans la loi du personnel de l’Etat !

Permettez-moi de vous relater une expérience dans un centre commercial de Suisse romande où les responsables ont engagé des personnes à l’AI avec handicap. Un capital sympathie s’est remarqué assez rapidement. Après trois ans, les ventes ont augmenté et le personnel se plaignait moins; il était mieux reconnu à l’interne car il se sentait valorisé dans le rôle de «coach» qu’il ressentait envers les personnes à l’AI. Soyons attentifs à l’évolution de notre société; le monde du travail devient rude et laisse de côté les personnes fragilisées.

Le sentiment d’être utile et d’être intégré dans la société contribue au bien-être d’une personne. La pyramide de Maslow, qui classifie les besoins humains, positionne le besoin d’appartenance, le besoin d’estime et le besoin de s’accomplir en 3e, 4e et 5e position. Une société pour laquelle nous avons envie de travailler est une société qui reconnaît ses citoyens, qui cherche à ouvrir son esprit et sa porte à l’autre même différent. Dépassons nos peurs, elles sont bien souvent mal conseillères.

Si le postulat est accepté, il sera important de réfléchir à la manière dont le personnel, les collègues seront informés, seront accompagnés dans l’acceptation d’une personne différente. Un travail qui permet en finalité une richesse en termes de valeurs humaines et de solidarité.

Alexandre Jollien, philosophe suisse que vous connaissez tous, ne veut pas de pitié face à son handicap; il veut une reconnaissance de ses compétences.

Merci de votre attention, merci de soutenir le postulat no 331.

 


Postulat no 331

M. Michel Thentz, ministre des Affaires sociales

L’Etat collabore régulièrement avec l’assurance invalidité, qu’il s’agisse de mesures de réinsertion ou de mesures professionnelles, que ce soit pour ses propres employés et employées qui rencontrent des problèmes de santé ou d’autres assurés. Il peut s’agir d’aménagement de postes de travail, de redéfinition de cahier de charges, voire d’engagement de personnes dont un dossier est ouvert auprès de l’AI. Dans ce cadre, les services de l’Etat sont régulièrement sollicités pour jouer un rôle de partenaire. L’Etat offre des places de stage, voire des emplois, pour des personnes à la recherche d’un reclassement professionnel ou d’une activité occupationnelle. A l’heure actuelle, une dizaine de personnes au bénéfice d’une rente sont employées au sein de l’administration. Mais on pourrait faire mieux, beaucoup mieux. La loi sur le personnel de l’Etat, entrée en vigueur au 1er janvier 2011, prévoit actuellement que l’octroi d’une rente entière d’invalidité met fin aux rapports de service.

A l’usage, il est apparu que cette norme est trop restrictive et qu’il peut arriver des situations où une personne bénéficie d’une rente pleine tout en conservant une capacité de travail résiduelle; dans d’autres situations, lorsque que l’activité professionnelle est de type occupationnel, on souhaite permettre à une personne au bénéfice d’une rente entière d’être socialement intégrée dans une équipe de travail. Fort de ce constat, une proposition de modification va être présentée dans ce sens au Parlement pour favoriser l’insertion des personnes au bénéfice d’une rente de l’AI, que cette rente soit entière ou partielle, dans les limites permises par la législation fédérale. S’agissant des communes, le Gouvernement peut mandater le Service des communes pour étudier la question auprès des autorités communales, et avec celles-ci, et faire des propositions. Toutefois, en vertu de l’autonomie communale, introduire des mesures contraignantes ne pourra être envisagé.

En ce qui concerne les entreprises privées, si ce n’est par son rôle de modèle, l’Etat n’a que peu de marge de manœuvre. Néanmoins, comme vous avez pu en prendre connaissance récemment, un grand distributeur suisse (la Coop) a mis en œuvre un programme d’insertion dans ses chaînes de magasins. Pour son magasin principal dans le Jura, il a engagé quatre collaboratrices et collaborateurs au bénéfice de l’AI et portera progressivement ce nombre à huit. Ce projet doit être salué, tout comme il est bon également de rappeler – là, ce n’est plus un projet mais c’est véritablement quelque chose d’existant – qu’un atelier existe au sein de l’entreprise BAT à Boncourt, qui emploie, de mémoire, une dizaine de personnes à l’AI. Et ce sont, pour moi, deux modèles très intéressants. Vous avez parfaitement bien rendu compte de ce qui se passe au sein de l’entreprise Coop. Effectivement, celle-ci, dans un premier temps, a fait un essai en intégrant du personnel au bénéfice d’une rente AI dans l’arrière-boutique, si j’ose dire, dans la logistique et ce genre d’emploi-là, et a fait le saut de dire : mais non, ces personnes doivent être intégrées dans le personnel de vente, en front de vente. Et c’est vrai que j’ai eu le plaisir d’aller lancer ce projet, de pouvoir discuter avec les personnes au bénéfice de cette mesure et elles étaient d’une fierté incomparable. Et c’est véritablement, pour moi, comme aussi ce qui se passe du côté de BAT, deux modèles véritablement très intéressants.

Il est toutefois vraisemblable que l’AI, par les aides et soutiens apportés aux employeurs, ait noué des contacts privilégiés auprès de ses divers partenaires, administrations publiques et entreprises privées de notre Canton. Une prise en charge des rentiers AI au sein des administrations et des entreprises est un mode d’insertion important. Il convient de l’encourager; j’y tiens. L’Etat peut y contribuer mais il s’agit d’étudier les objectifs et les moyens à mettre en œuvre. Raison pour laquelle, au vu de ces éléments, le Gouvernement propose en effet au Parlement d’accepter ce postulat. Il vaut la peine de travailler sur cette problématique, de faire en sorte que des possibilités d’insertion pour les personnes au bénéfice d’un soutien AI, que des possibilités existent et qu’elles se multiplient. Je vous remercie donc d’accepter ce postulat.

 

Au vote, le postulat no 331 est accepté par 50 députés !

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