Éoliennes : pour qui souffle le vent?


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Le spectacle des deux géants d’acier qui surplombent Saint Brais depuis quelque temps ne laisse pas indifférent. On a beau être coutumier du gigantisme de certaines réalisations technologiques modernes, on n’en reste pas moins comme suspendu entre stupéfaction et incrédulité en face de ces objets qui dépassent la mesure de l’homme et altèrent le paysage.

Engouement pour l’éolien

Depuis que la Confédération a décidé de racheter le courant éolien au prix coûtant pour l’injecter dans le réseau, les promoteurs se précipitent sur le gâteau, proposant des rentes et des locations juteuses aux communes et aux propriétaires fonciers pour qu’ils accueillent des éoliennes sur leurs terrains. Mais cet engouement pour l’énergie éolienne doit s’accompagner d’une réflexion globale sur nos besoins énergétiques, sur le contrôle démocratique de la production de l’énergie et sur la sauvegarde de notre environnement naturel.

Consommation et gaspillage

Besoins énergétiques d’abord. Nous consommons trop d’énergie : 20% des riches, dont nous sommes, consomment 80% de l’énergie disponible dans le monde ; et nous en gaspillons beaucoup. Plusieurs facteurs : d’abord, pour nous, elle est trompeusement bon marché. Exemple : le courant nucléaire. Les producteurs annoncent un coût de production de 2,5 à 5 centimes pour 1 kW. C’est absurde, car leur calcul ne tient compte ni des risques d’un accident nucléaire (que les compagnies d’assurance refusent d’ailleurs de couvrir), ni des coûts de la recherche financée par l’Etat, ni des frais gigantesques de stockage des déchets et de démantèlement des vieilles centrales. En intégrant ces coûts, le kWh devrait être à 2 francs au moins. Qui paie ces coûts cachés ? Vous, moi, le contribuable.

Ensuite nous gaspillons cette énergie par manque de volonté politique ; nous avons de la technologie pour une meilleure efficience énergétique, mais pas de courage pour l’imposer. Enfin, nous croyons encore et toujours au mythe de la croissance économique sans fin ; mais ce modèle, dévoreur d’énergie, est un échec social et environnemental patent. Conclusion : il faut freiner notre gourmandise énergétique, et viser très vite l’objectif d’une société à 2000 Watt (l’énergie la moins coûteuse est celle qu’on n’utilise pas); il faut s’atteler à une conversion écologique de l’économie pour satisfaire nos véritables besoins – matériels et immatériels ; il faut accepter l’idée que l’énergie a un prix. Les éoliennes peuvent concourir à ce nouveau projet de société, mais à quelques conditions.

Rester maître de la ressource

Le vent est un bien commun – cela signifie que l’Etat doit garder la maîtrise de la technologie qui permet d’en tirer de l’énergie, afin d’assurer sa souveraineté énergétique. Du début du processus (mesures de vent, choix des sites) jusqu’à la fin (éventuel démontage et remise en état des sites) en passant bien sûr par la construction et l’exploitation des éoliennes, c’est le canton qui doit, en toute transparence, gérer cette ressource dans l’intérêt commun, et non pas en céder la responsabilité (et les profits) à des grands groupes industriels en échange de royalties. Comment y parvenir ? RhônEole SA, dans le Bas-Valais, pourrait nous servir de modèle. Plusieurs communes se sont associées aux distributeurs d’électricité locaux pour construire et exploiter des éoliennes ; les actions de la SA sont réparties par moitié entre les communes et les distributeurs, obligeant les partenaires à s’entendre. Les compagnies électriques s’étant engagées à racheter le courant produit au prix de reprise existant, les communes ont pu emprunter sans difficulté pour les investissements. Le système fonctionne à la satisfaction des deux partenaires. On veille ainsi aux intérêts de la collectivité en termes de sûreté d’approvisionnement, de souveraineté énergétique, de bonne gestion des deniers publics et de protection des sites et des paysages.

Impact sur le paysage

Enfin, et ce n’est pas le moindre des soucis, et même si certaines éoliennes s’intègrent avec plus ou moins de bonheur à certains paysages, on ne peut pas tolérer de hérisser toutes les crêtes jurassiennes avec ces nouveaux moulins à blé (cf. édito du QJ du 21 octobre) parce qu’il nous « faut » toujours plus de courant. On ne peut rêver non plus d’une production d’énergie, même modeste, sans aucun désagrément d’aucune sorte. Alors il faut être cohérent : je ne peux pas refuser des éoliennes devant mon balcon, et cautionner en même temps la construction d’une centrale nucléaire à cent kilomètres de chez moi. La cohérence passe par une réaffirmation que la technologie doit être au service de la collectivité et non d’intérêts financiers privés. Réduire notre consommation nous fera redécouvrir aussi le plaisir subtil et profond de la sobriété.

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